Par : Renée Morel, Place aux compétences
mercredi 25 mai 2017
 
L’école traditionnelle a toujours posé des difficultés pour certains élèves, et les pistes de solutions au décrochage sont une préoccupation qui touche plusieurs secteurs de la société. 

PAC CFS Bouctouche PierreRElevesans nomIMG 8717Au sud-est du Nouveau-Brunswick, trois Centres de formation secondaire offrent une différente approche aux jeunes et aux adultes qui veulent obtenir leur diplôme de 12e année. Ils sont situés dans les communautés de Bouctouche, Shediac et Richibucto.

« C’est complètement un autre système », partage Pierre Robichaud, enseignant et coordonnateur au Centre de formation de Bouctouche, qui accueille en moyenne une trentaine de clients par année. « L’école est basée sur la classe comme telle, sur le groupe, tandis qu’ici c’est vraiment individuel. C’est basé sur l’élève en premier, et on parle d’enseignement par modules où ils vont à leur propre rythme. On va regarder leurs besoins. S’ils veulent aller suivre un cours à l’université après, on ne va pas avoir les mêmes exigences que si leur objectif est de terminer leur 12e année », ajoute-t-il.

Photo : L'enseignant Pierre Robichaud passe beaucoup de temps à travailler un à un avec les élèves du Centre de formation secondaire de Bouctouche.


Deux types de clientèle 

La moitié de la clientèle est composée d’apprenants adultes âgés de 18 à 50 ans, et ayant décroché de l’école avant l’obtention de leur diplôme. Les autres sont des jeunes éprouvant des défis personnels et des difficultés d’adaptation à leur école, soit à Clément-Cormier à Bouctouche, Louis-J.-Robichaud à Shediac ou Mgr.-Marcel-François-Richard à Saint-Louis-de-Kent.

DSFSUD ClementCormier Ext IMG 3782Dans chacune des communautés, le Centre de formation secondaire est situé dans un local à proximité de l’école, et suit le même horaire.

« C’est une belle option, parce que nous avons plusieurs jeunes qui ont de la difficulté à fonctionner dans le système traditionnel. Je pense surtout à des gros cas d’anxiété. Si on n’avait pas cette option-là, ils pourraient peut-être ne pas terminer leurs études secondaires du tout », explique Ken Therrien, le directeur de l’école Clément-Cormier.

Il y a deux enseignants dans chacun des Centres, ainsi qu’une travailleuse sociale. Isabelle Bourque partage son temps dans les trois centres, et fait l’accompagnement des jeunes qui éprouvent des difficultés personnelles et sociales.

« Les sortes de défis varient vraiment. Ce sont souvent des troubles concomitants, ce qui veut dire qu’il n’y a souvent pas juste un défi. Et parce qu’ils me voient comme une personne neutre, ils peuvent plus s’ouvrir à moi », partage-t-elle.

Après avoir épuisé toutes les options offertes à l’intérieur de l’école, ces jeunes qui vivent des périodes difficiles sont les premiers à être référés au Centre par les directions d’écoles. Par la suite, ils vont cibler d’autres élèves qui pourraient bénéficier de l’encadrement et de l’approche personnalisée du Centre.

« Par exemple, un jeune qui a de la difficulté en français. Du moment que tu faillis ton cours de français au secondaire, il y a la possibilité que tu sois retardé d’une année avant d’obtenir ton diplôme. Donc, pour les jeunes qui le veulent vraiment, on peut leur offrir l’option d’aller faire le français au Centre de formation. Dans une année, ils vont aller chercher leur français 10 et peut-être même la moitié de leur français 11 ; et l’année suivante, ils sont capables d’obtenir leur diplôme en même temps que les autres », ajoute Ken Therrien.

Justin Després
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C’est le cas de Justin, qui est arrivé au Centre durant l’année scolaire 2014-2015. « C’est une place où tu peux plus te concentrer. Il y a moins de distractions. Tu peux être un à un avec l’enseignant, parce qu’il y a moins d’élèves dans la classe, » explique le jeune homme, qui réussit en travaillant à son propre rythme.

« Justin avait vécu différentes situations. Il ne se sentait vraiment pas bien dans l’environnement scolaire. On l’a commencé au Centre avec un cours seulement en essai. Il se sentait bien parmi ces personnes-là, et ça l’a encouragé un petit peu parce qu’il a vu une lueur d’espoir. On a ajouté certains autres cours, et il est à temps plein et ça va vraiment bien », ajoute Ken Therrien.  

« Asteure, je préfère ceci que la vraie école, je suis déjà supposé être gradué. Mais, ici, parce que je peux aller plus vite dans le français et la math, j’ai une chance de graduer en juin », explique Justin.

Photo : Justin Després fréquente le Centre de formation de Bouctouche depuis 3 ans. 


Kim Belliveau LeBlanc
KimBelliveauLeblanc diplome Juin2016
Kim Belliveau LeBlanc a obtenu son diplôme d’études secondaires pour adultes (DESPA) en juin dernier. À 37 ans, elle est présentement au baccalauréat en Service social à l’Université de Moncton. Elle avait décroché de l’école Clément-Cormier avant la fin de sa 10e année.

« J’étais jeune, puis je pensais que j’étais trop smarte pour continuer. Je n’étais pas dans le bon chemin, on va dire ça comme ça », confie-t-elle, en riant.

C’est en tant qu’adulte apprenante qu’elle a réussi à faire ses cours de 10e, 11e et 12e, échelonnés sur un an et demi. Elle a passé un semestre à temps plein au Centre de formation secondaire de Bouctouche de janvier à juin 2014.

Elle a ensuite complété à temps partiel quelques cours dont elle avait besoin au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick—Campus de Dieppe, afin de poursuivre des études universitaires. La proximité d’un Centre de formation dans sa communauté a été un facteur important dans sa réussite.

« Je ne pense pas que j’aurais pu le faire. C’est quand même dispendieux de voyager à Moncton soir et matin, et je n’avais pas les moyens de faire ça tous les jours », partage-t-elle.

Photo : Kim Belliveau LeBlanc a reçu son diplôme en juin 2016.

Pour sa part, Kim a beaucoup apprécié l’approche « un à un » du personnel du Centre. « Je le recommanderais à tout le monde. Je n’ai jamais manqué une journée de classe, j’étais contente d’être là. Le matin, tu es bien accueilli, ils sont là pour t’aider. C’est un très bel environnement ; ce n’est pas vraiment comme aller à l’école », ajoute-t-elle.

« Une des choses qu’on essaie de faire, c’est d’être une espèce de petite famille. C’est une question de tisser des liens de confiance, » explique l’enseignant, Pierre Robichaud. « Il y en a qui décrochent, mais ils reviennent. Il y en a que ça fait cinq ans qu’ils sont avec nous, et toutes les années il y a quelque chose d’autre qui s’améliore, et on voit tout le temps du progrès ».

À coup de petits succès

PAC CFS Bouctouche Isabelle Bourque« Je pense que c’est de reconnaître les succès, comme les petits succès. Reconnaître le bon dans une situation, parce que ça ne va pas changer du jour au lendemain. Souvent, ce sont des défis et des problèmes qui datent de longtemps. On travaille petit à petit, et si on a amené quelqu’un à retourner à l’école, c’est super », partage la travailleuse sociale, Isabelle Bourque.

« On peut parler de cinq à six élèves sur 10 qui passent à travers tout le programme dans une année. Il y en a qui vont décrocher et qui vont revenir et finir par l’avoir. C’est quand même un beau taux de succès, surtout, si on regarde ça en fonction de si on n’avait pas cette option. Et, c’est bon pour la région, parce qu’on élimine certaines barrières que ces personnes-là rencontraient au niveau de recherche d’emploi », ajoute Ken Therrien.

Photo : Isabelle Bourque partage son temps entre les trois Centre de formation secondaire. 

Quoique, le directeur de l’école Clément Cormier est reconnaissant de la contribution de plusieurs partenaires pour le fonctionnement du Centre, il est quand même préoccupé par la continuité de ce service alternatif. 

« Toutes les écoles n’ont pas cette option-là, donc on est chanceux de l’avoir. C’est sûr du côté financement, c’est quelque chose qui nous préoccupe chaque année. Du moment que ces organismes-là ne seront plus là, ça m’inquiète beaucoup. Et avoir le Centre sans les services d’une travailleuse sociale, ça deviendrait un autre gros défi parce que ces jeunes-là en ont besoin », précise-t-il.

Partenaires

Les trois Centres de formation secondaire existent depuis 2008 grâce à un partenariat entre le District scolaire francophone Sud, le CCNB—Campus de Dieppe, Centraide du Grand-Moncton et du sud-est du N.-B., le Réseau d’inclusion communautaire de Kent, la Ville de Shediac, le ministère du Développement social, la Fondation John Lyons, ainsi que l’organisme communautaire Place aux compétences.
 
NOTE : Une version abrégée de cet article paraîtra la publication « Le RéseauMACS » de juin 2017) du Mouvement acadien des communautés en santé du Nouveau-Brunswick.